La constitution traite d'économie et c'est bien normal

Posté par julien , le 12/05/2005
De plus en plus de gens se lèvent contre la supériorité de l'économique face à l'humain: "au lieu de favoriser les profits des entreprises favorisons la qualité de notre vie!". Cet état d'esprit est particulièrement louable (et tout à fait logique) mais il entraine de nombreuses personnes vers le rejet de la constitution européenne pour la simple et bonne raison qu'une partie du traité est économique. Une constitution se doit d'être neutre nous dit-on: Que celle là soit libérale (ultra-libérale même pour certains) ou pas, en tout cas elle traite d'économie et en cela elle n'est pas une constitution.

C'est vrai que l'on peut avoir peur d'être pris dans un piège... on nous propose une constitution sur la façon dont les instituions seront gérées et par derrière on nous met en place un système économique! Pourquoi Giscard ne s'est-il pas cantonné à l'énumération de nos droits et à la définition des fonctions institutionelles?

Pour moi c'est pour une bonne raison: Parce que l'europe est économique avant d'être culturelle. La construction européenne a débuté avec la CECA, un traité purement économique, mais dont la visée finale était aussi humaine: en rassemblant les systèmes de production de charbon et d'acier français et allemands ces deux pays ne pourraient plus réaliser l'effort de guerre. Simple, efficace. Sans acier pas de chars. Un accord "d'amitié éternelle entre les peuples" eu été plus poétique mais aurait-il été efficace?

Si la constitution parle économie c'est que c'est devenu un enjeu majeur. La plus grosse inégalité aujourd'hui est essentiellement entre chomeurs et salariés. On peut certe continuer à dénoncer les différences entre patrons et ouvriers mais dans le fond les différences se sont bien amoindris depuis germinal. La lutte contre le chomage est devenu un enjeu essentiel en europe et sans strategie économique on ne peut y parvenir.

Par ailleurs qu'est-ce que la construction européenne? Un élargissement, une ouverture des frontières. Il y a quelque chose de liberal en soi... On ouvre pas une frontière sans ouvrir un marché... Si l'on fait un pas vers le libéralisme en ouvrant les marchés européens, rien ne dit que l'Europe s'ouvrira aux marchés mondiaux: un changement d'echelle certe, mais pas une mondialisation a tous va.

Bref n'ayons pas peur du fait que la constituion traite d'économie, c'est nécessaire et logique!

Les réactions de cet argument

Posté par Bouzou , le 13/05/2005

Je précise que je suis apolitique car ne me sentant proche d'aucun parti, chacun d'entre eux développe des idées qui sont bonnes et d'autres pas. Donc je reprend quelques points. Vous dites :

- "l'europe est économique avant d'être culturelle".
Déjà ce n'est pas culturelle qu'on réclame, mais sociale. Justement, vu l'élargissemnt et la disparité des niveaux sociaux en Europe, c'est le moment de faire passer le social avant l'économique ce qui n'était pas aussi évident jusqu'à 15. Le social peut être abordé dans une constitution. Par définition l'économique non, tout comme la politique intérieure et extérieure.

- "...rassemblant les systèmes de production de charbon et d'acier français et allemands".
Que reste t-il des charbons et aciers français à ce jour ?

- "...mais dans le fond les différences (entre patrons et ouvriers) se sont bien amoindris depuis germinal".
Dites ça aux chômeurs, aux RMIstes, aux gens qui comme tout logement n'ont qu'une voiture quand ce ne sont pas des cartons et qui regardent les patrons et les cadres passer dans leur Mercédès ou leur BMW quand la plupart n'ont q'une BM double-pieds (une peu d'humour, ça détend!). Il y en a de plus en plus et pas qu'en France.
Si le TCE est la continuité de la construction de l'Europe comme le disent la plupart des partisans du OUI, il n'y a pas de raison que ça s'arrête. Donc nécessité de prendre un virage plutôt que de continuer.

- Sur votre dernier paragraphe concernant l'ouverture des marchés. Sans sortir de l'UE, le problème est déjà à régler entre les 25 compte-tenu des niveaux très disparates des Etats, d'où la nécessité d'harmoniser. Ce serait quand même plus sain qu'entre nous il n'y ait pas les même tensions que celles qu'on peut avoir avec la Chine en ce moment par exemple. Or, dans l'état actuel des choses et le TCE n'y change rien (et je voudrais qu'il y change quelquechose), ces tensions se créent.

- Pour votre conclusion, c'est justement pour cela que je ne suis pas d'accord (je n'aime pas le mot peur). La vocation d'une constitution fait qu'elle ne doit pas traiter d'économie. Cela relève du domaine gouvernemental et est mis en place par des gens élus au suffrage universel, ce qui permet au peuple, par son vote, de pouvoir changer si il n'est plus d'accord avec la politique suivie par ses dirigeants alors que sinon le peuple perd la main comme dans un régime totalitaire. Je ne veux pas insinuer que le totalitarisme est le but des rédacteurs du TCE, c'est juste un parallèle (mais c'est quand même dangereux).