Non des citoyens pour une autre Europe

Posté par http://www.u-blog.net/Fulcanelli , le 14/03/2005
Le débat sur le traité européen a commencé depuis quelques temps. Récemment il a fait l’objet d’une émission sur la trois. Culture et dépendances, animée par Franz-Olivier Gisbert. La campagne se fait aussi sur le terrain et sur ce plan, les partisans du Non occupent le terrain. La campagne a aussi commencé sur Internet. Sur quelques blogs comme celui de Pierre Bilger mais aussi sur nombre de forums, bien que pour l’instant, à ma connaissance, seuls les cercles gauchistes ou alors souverainistes s’activent. En visionnant l’émission, je me suis rendu compte du peu d’enthousiasme dans le camp du Oui. François Bayrou m’a impressionné dans son attitude de jésuite européiste. A la question de Nicolas Rey portant sur la motivation des jeunes, Bayrou n’a pu vendre que l’article sur la pétition qui en fait, ne donne aucun droit aux citoyens, bref pas plus que ce qui existe en France car l’article en question ne spécifie aucune compétence juridique liante entre les pétitionnaires d’une part et d’autre part le parlement et la commission. Qui donc peuvent se torcher avec les pétitions sans aucune entorse à la constitution. Pour ce qui est de la BCE, le fait anti-démocratique a été souligné mais Hubert Védrine a fait valoir que les décisions avaient été entérinées, comme celles d’Amsterdam et de Nice et qu’il est maintenant trop tard pour revenir en arrière. Evidemment, un tel argument est rejetable à tous points de vue. En 1940, en 1944 il était trop tard ? Non Monsieur Védrine, il n’est jamais trop tard. La durée n’a aucune valeur juridique, politique et encore moins éthique. Le principe de la démocratie effective est qu’elle peut être amenée à contester les faits accomplis. Si l’orientation prise par l’Europe ces quinze dernières années ne convient pas, le vote de 2005 peut représenter un signal fort adressé aux élites. D’ailleurs, les élites nationales sont déjà en voie de divorce avec les peuples, alors, avec la lointaine oligarchie de Bruxelles et ce Parlement aux langues qui font désordre, il n’y a aucune raison que cela s’arrange, d’où un deuxième fossé avec cette deuxième instance politique et sa cuisine juridique vouée à l’opacité.



Ma conviction est qu’il faut construire l’Europe différemment. Avec des principes politiques et philosophiques plus forts. Pour l’instant, le ressort européen est la coordination des Etats. C’est utile dans quelques rares domaines mais on sait que pour tout ce qui relève de l’innovation, de la création, les pilotages inhibent les individus en les caporalisant sous la bannière de gradés bureaucrates qui tirent prébendes et autres galons comme dans l’Empire napoléonien. Mon Non est philosophique. Si je doute, c’est plus de la force des concitoyens que de mes convictions politiques. Après tout, vu l’état des âmes, la marche historique proposée est un moindre mal. Il y a eu 1933, il y a eu Munich, il y a eu Vichy, la démission des peuples et la compromissions des élites. Je rejoins Henri Emmanuelli sur ce point en prolongeant son discours. Je suis repéré chez DSK pour ma mystique révolutionnaire. Voter Oui, pour un Munich social appuyant un Yalta économique. Le progrès technique est à ce prix. Les élites ont le pouvoir. Les peuples ont les miettes. Que l’Histoire avance ainsi après tout.



2005 est un vote important, pas comme les régionales ou les européennes de 2004. 2002 était important aussi. Entre temps, la toile s’est agrandie, les forums et les blogs ont proliféré et c’est la première conjonction entre un enjeu historique et la possibilité d’utiliser un outil démocratique inédit. Malgré la censure médiatique qui se prépare, avec la complicité des partis dominants, les internautes peuvent prendre le pouvoir démocratique et opposer un Non citoyen !



Je reviens à mes rencontres sur le marché. Une discussion animée avec un militant gauchiste à propos de la politique économique et du capitalisme. Lui veut abolir le capitalisme avec ses grandes structures, mettre des instances nationales tout en laissant une part aux entreprises libérales de proximité. Il veut en finir avec les rapports de domination, avec la bourgeoisie. Autant dire que nous n’étions pas d’accord sauf sur un point. Le système actuel ne peut pas rester en l’état. Je l’ai introduit à mon idée de monéthique. Il a tout de suite réagi en prétextant que les planches à billets ou les mesures inflationnistes comme celles de Mitterrand en 1982 faisaient que les capitaux se tiraient, d’où les mesures restrictives de l’époque anticipant en fait sur l’emprise progressive des réseaux financiers et le rapport de force avec le Politique. La conjoncture a changé. La monéthique est possible. J’ai trouvé une contradiction dans son approche car il veut supprimer les rapports de domination mais ses moyens sont étatiques et donc, pour éviter à l’individu le choc dialectique avec le réel, il compte sur l’Etat qui lui, sera dans un rapport de force avec le Capital. Son argumentaire est bien ficelé au point qu’il ne voie pas la subtilité de la monéthique. D’après lui, si ce type de mesure est mis en place, il se produira je ne sais quels transferts de compte sur des zones off shore. On dirait que sa réplique est ajustée à son objectif. Il prête plus d’intentions et de moyens à l’adversaire que la réalité n’en accorde. Ce faisant, il justifie son propos volontariste, comme Georges Bush qui a prêté à Saddam Hussein des moyens et des intentions qu’il n’avait pas. Tout ceci est aveuglant de vérité. Que l’on soit Président de la première puissance mondiale ou simple activiste d’une puissance moyenne, les lubies idéologiques l’emportent sur le sens des réalités. Il existe une connivence entre la conviction idéologique et l’appréhension du réel. Les deux peuvent se nourrir mutuellement, dans un pacte stable ou alors instable… jusqu’à ce que le système s’écroule ou alors se réforme.



Ou bien l’idéologue revoit ses égarements, ou bien le réel lui impose revoir sa copie. Mais un réel mal engagé peut s’écrouler, soit de lui-même comme l’URSS au moment de Gorbatchev, soit par la voie de la détermination raisonnée comme le nazisme vaincu par les alliés mais à quel prix. Cela dit, rien ne laisse supposer que Bush ait eu tort. L’Histoire dira dans longtemps. Une chose pourtant paraît certaine. C’est que si on veut agir dans l’Histoire, il y a un prix à payer qui est la falsification du réel. On en revient toujours à cette ontologie du mensonge. Dans un couple comme dans une société. La puissance serait de trouver cette impossible vérité. Sommes-nous capables d’y accéder ou bien sommes nous voués à ce dilemme entre un mensonge protecteur et une puissance mythique sans raison (la part de Nietzsche). L’ouverture vers l’espérance ? Nouveau contrat social (la part des Testaments). Un transphères ? Alliance des communions, vertige de la multitude se sachant unie dans la diversité et différenciée sous l’égide de l’infini de l’Un.



La partie commence aussi sur ces bases philosophiques. Qui constitue le réel, Etat, Capital, individus ? Quelle est la puissance des citoyens ? Quelle est la part d’aveuglement idéologique des élites autant que des citoyens ? Un vrai Procès philosophique, une investigation de la vérité, voilà ce que requiert cet enjeu démocratique. Mais nul n’est obligé. La société a aussi ses lieux de prédilection pour ceux qui veulent jouer aux billes. Quant au jeu démocratique, je crains bien qu’il ne puisse plus être lisible pour ce qui est de ce référendum. Les élites gouvernantes lisent à leur manière, les élites pensantes sont partagées, les élites citoyennes pensent plutôt le non, les masses démocratiques sont séduites par le conformisme sécuritaire qui dit Oui. Position infantile sauf si elle est assortie d’une réflexion. Je crains que sur ce terrain, le Non citoyen ne soit plus raisonné que le Oui citoyen.



Quant à faire écrouler les arguments du Oui, cela se joue en trois étapes. Une attaque, une défense et l’argument décisif. Exemple : Ce traité n’est pas convenable, il faut revoir la copie, je dis Non. Le camp du Oui dira que si c’est non, alors il est définitif car la copie ne sera pas revue. Eh bien c’est exactement la faille parce que d’une part, dire qu’on refuse de revoir la construction traduit le manque d’écoute autant que l’impuissance de ce monde fermé sur lui-même et que d’autre part, on note que ces gens sont payés pour construire et on sera bien étonné qu’ils ne puissent s’activer alors que quand il s’agit d’intérêts économiques comme Airbus, on bâtit une route en un temps record, mais pour ce qui est des crèches ou de tas d’autres équipements sociaux, alors on prend son temps. Ce qui veut dire que la volonté agissante sait mettre ses moyens là où elle le décide. Alors, messieurs les partisans du Oui, vos indignations n’ont que la force des lamentations face à un peuple démissionnaire et votre victoire sera signée à la Pyrrhus. Il se peut bien que vous ayez raison sur le long terme. Mais s’il s’avère que vous vous trompiez, alors il est temps que les citoyens prennent en main cette affaire.

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