Le mythe de la renégociation !

Posté par Alexguil , le 19/04/2005
Source : http://www.liberation.fr/page.php?Article=290732

Contre le non, les ténors européens sonnent l'alarme

Menace de crise, recul catastrophique, renégociation illusoire: le président (espagnol) du Parlement, le président autrichien, le chancelier allemand, entre autres, mettent en garde les Français contre un rejet de la Constitution européenne.

Les dirigeants européens ont donné de la voix, mardi, pour mettre en garde les électeurs français contre un rejet de la constitution, le 29 mai prochain. De Bruxelles à Berlin, ils n'y sont pas allés de main morte pour agiter le chiffon rouge contre la tentation montante dans l'opinion française de dire «non» lors du référendum voulu par Jacques Chirac. «Un recul catastrophique» a dit l'un, «une lourde erreur» a prévenu un autre, tandis qu'un troisième annonçait «une grande crise» européenne en cas de victoire du non en France. Et plusieurs hauts responsables politiques ont insisté pour dire qu'une rénégociation du texte n'était qu'un mirage.

En visite à Paris, le président du Parlement européen, Josep Borrell, a averti: «Ni au Parlement, ni à la Commission, ni nulle part à Bruxelles on parle de ce fameux plan B, de cette sorte de fantôme qui a commencé à peupler l'imaginaire collectif français. On dit «oui» ou on dit «non» mais on ne taillera pas sur mesure une partie du traité constitutionnel pour faire plaisir à un pays ou à un autre», a insisté le socialiste espagnol devant ses pairs du PS français. Il a rappelé que le traité constitutionnel avait été adopté par une très forte majorité des députés européens, «pas les affreux technocrates de Bruxelles dont on parle souvent».

A La Haye, le ministre des Affaires étrangères néerlandais, Ben Bot, et son homologue français, Michel Barnier, lui ont fait écho. Les deux hommes ont expliqué qu'il n'y avait pas de solution de rechange pour réformer le fonctionnement de l'UE si la Constitution était rejetée. Les Pays-Bas vont organiser un référendum sur le texte le 1er juin prochain et les rares sondages donnent pour l'instant le oui victorieux. Le chef de la diplomatie française a assuré qu'il n'était «pas nerveux» au vu de la montée des partisans du rejet. «Nous sommes vigilants mais il n'y a pas de fébrilité», a-t-il affirmé.

Le ministre allemand de l'Intérieur, Otto Schily, n'a pas caché son inquiétude. Il espère que la ratification par le Parlement allemand, quelques jours avant le référendum français, aura un effet positif en faveur du «oui» en France. «J'espère fortement qu'on réussira à convaincre la population française qu'elle commettrait une lourde erreur si ce référendum venait à échouer», a-t-il lancé à des journalistes à Berlin. «Ce serait un sévère recul, également pour la politique européenne en matière d'affaires intérieures et de justice», a-t-il ajouté. Selon son porte-parole, le chancelier allemand Gerard Shroeder refuse simplement d'envisager une victoire du non chez le partenaire historique de la construction européenne.

Même son de cloche du côté du président autrichien, le social-démocrate Heinz Fischer. Pour lui, un refus français serait un «recul catastrophique». «Je comprends qu'on veuille renforcer la dimension sociale, mais pas que l'on plonge pour cela l'Europe dans une crise», explique-t-il dans une interview au quotidien «Kurier». Le parlement de Vienne doit ratifier le texte le 12 mai prochain. L'Autriche, qui doit prendre la présidence de l'Union au début 2006, est en pleine poussée d'euro-scepticisme.

Le haut représentant pour la politique extérieure et de sécurité commune de l'Union européenne, Javier Solana, prédit lui aussi «une grande crise» européenne. Mardi, il s'est dit triste et perplexe face à l'évolution hexagonale. «Le sentiment, l'état d'esprit change en France, j'ai vécu l'Europe depuis 14 ans avec toujours le sentiment que la France était au centre de gravité de la construction européennee», a-t-il regretté.

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