Jacques Delors, depuis in www.ouisocialiste.net
Posté par alexguil , le 19/04/2005
-
Ma première réaction quand je vois les camarades socialistes s'égailler
dans toutes les directions, c'est de me demander : « Pourquoi a-t-on fait
un référendum interne ? ». Vous m'avez compris, je n'insiste pas.
Au cours de cette campagne au sein du parti, que j'ai trouvée, pour ma
part, digne et d'un niveau élevé, j'ai souvent souligné que cette
consultation avait pour objet de savoir si nous acceptions de continuer la
lutte pour l'Europe que l'on désire, en acceptant le traité
constitutionnel. Et puis d'ajouter qu'en ce qui concerne le bilan de
l'action des socialistes depuis une trentaine d'années, les membres du
parti auraient, bien entendu, la possibilité d'en débattre à propos du
projet pour 2007 car c'est en 2007 que les Français auront à décider de
qui gouvernera la France pour les années suivantes.
C'est la même distinction que j'ai toujours à l'esprit quand je
rencontre, dans la rue ou dans les réunions, des compatriotes qui me
disent leur insatisfaction et leur mécontentement devant la politique
menée par la droite en France, et je leur dit que ce n'est pas en votant
NON le 29 mai qu'ils infléchiront, en quoi que ce soit, les affaires
internes de la France.
En d'autres termes, si le NON l'emporte, « Chirac restera, la France
trinquera ».
Je sais combien il est difficile de tenir ce raisonnement face à nos
compatriotes les plus défavorisés comme, par exemple, et la liste n'est
pas close, les titulaires du minimum vieillesse, du RMI, ceux qui ont un
emploi précaire ou qui n'ont pas d'emploi du tout, les familles mono
parentales... Mais, encore une fois, c'est en 2007 que nous pourrons
infléchir le cours des événements et agir en faveur des plus défavorisés.
Car, je ne le répéterai jamais assez, ce que les Français doivent faire
par eux-mêmes, l'Europe ne le fera pas pour eux. Elle peut apporter une
valeur ajoutée mais elle ne peut nous dispenser d'un effort national, là
où les compétences sont nationales pour stimuler la croissance, la
création d'emplois, l'égalité des chances en matière d'éducation,
l'action en faveur des plus défavorisés...
Avec le traité constitutionnel, il y a deux améliorations importantes dont
nous devons tenir compte.
D'une part, la charte des droits fondamentaux qui sera un instrument pour
nos luttes, pour la mise en oeuvre de nos valeurs et pour le progrès
social. D'autre part, une organisation plus claire, plus efficace et plus
démocratique des pouvoirs.
Tel est le cadre dans lequel nous avons intérêt à agir tout en nous
rappelant que la vie est un combat.
Jacques DELORS - Président du Comité de soutien pour le OUI



